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le 16 mars 2020Entreprises : le facteur humain, une clé pour naviguer dans un monde de disruptions

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Bertrand Badie, Professeur de science politique de renom à Sciences Po est venu décrypter l’époque devant une assemblée de dirigeants d’entreprises*. « Faut-il que les entreprises aient à ce point les reins solides pour avoir survécu à 3 ruptures fortes qui sont pourtant loin d’être assimilées et traduites tant dans nos politiques publiques que dans les stratégies privées ou personnelles ? ».

Ces ruptures, la décolonisation, la dépolarisation et la « mondialisation », auxquelles il faut aujourd’hui ajouter la rupture de l’imaginaire :

 

– la décolonisation a transformé le monde en un système multiculturel ; le métissage est passé dans la banalité du quotidien et nous ne nous en rendons pas compte.  Le brassage bouleverse tous les domaines, y.c. sécuritaire : depuis les années 90, si la sécurité était une affaire militaire, elle est désormais d’abord un sujet de sécurité humaine : l’insécurité alimentaire, sanitaire, environnementale, etc, dominent dans la structuration des enjeux internationaux. Enfin, il ne suffit plus d’exporter notre modèle socio-culturel, démocratique ou gouvernemental pour adapter le reste du monde à notre propre façon de fonctionner. Le monde, et surtout du Sud, et totalement désinstitutionnalisé ;

 

– la dépolarisation, avec la chute du Mur de Berlin (9 nov 1989), mais surtout avec la déclaration (2 déc. 1989) de Gorbatchev à Bush « l’URSS n’est plus intéressée par la compétition avec l’occident » met un terme à 500 ans d’histoire internationale qui reposait sur une compétition de puissances. A cela s’ajoute la fin des idéologies : marxisme ou libéralisme, chute des idéaux communistes, socialistes, …Dès lors, la science économique s’érige en science exacte : le néolibéralisme s’impose comme successeur de la guerre froide, sur la base d’une négation du débat politique. Aujourd’hui, nous mesurons que 30 ans de néolibéralisme nous conduisent sur la révolte du social, sur le mode du « Et oh, nous sommes là aussi ! » – cf. les révoltes de printemps en différents endroits dans le monde, les gilets jaunes, etc…

 

– la mondialisation – il n’y a pas de définition de la mondialisation. Ce phénomène renvoie à un modèle non conceptualisé en science sociale et économique. Dès lors, comme en médecine, nous approchons cette maladie par ses symptômes. Il y a 3 symptômes qui rendent absurdes le concept de démondialisation dont on nous rabat les oreilles :

·       l’inclusion – le monde devenant unique, il devient inégalitaire, tel qu’il n’a jamais existé : dans ce grand ensemble nouveau, la distance sociale entre le plus pauvre et le plus riche n’a jamais été aussi importante : les enjeux sociaux deviennent prioritaires. L’étranger devient un individu comme un autre. La relation à l’autre, la dimension humaine est devenue essentielle pour traiter des sujets de notre époque ;

·       l’interdépendance : tout le monde dépend de tout le monde …et réciproquement. Le faible dépend du fort, et le fort dépend du faible. Le faible ne peut/veut plus perdre les guerres, … alors que le fort ne les gagne plus. Nous touchons l’impuissance de la puissance. Et le faible est capable de s’insérer dans les rouages du politique, y.c. à l’échelle mondiale et l’influer – cf. les ONG, les groupuscules, les mouvements divers ;

·        la mobilité : dans un monde de mobilité, la territorialité ne fait plus sens sur le plan politique, économique et social. Certains veulent rétablir des frontières. Le coronavirus devrait-il avoir un passeport pour entrer chez nous ? La solution n’est pas la fermeture des frontières, mais l’ouverture. Le migrant s’impose comme l’avenir de l’Homme.

 

– l’imaginaire : l’Homme est entré dans un nouveau cycle : celui de la mondialisation de ses imaginaires. Trois conséquences :  – les identifications se font par référence à des modèles mondiaux : le mixage fait que tout individu voit l’autre. Cette universalité de la visibilité fait que chacun se bâtit de nouveaux imaginaires ; – la contestation est, elle aussi, créée dans un imaginaire devenu mondialisé : toutes les contestations très nationales dans leur apparence, en réalité, transpirent de modèles venus d’ailleurs ; – les comportements sociaux se structurent hors des logiques de distance, à travers les réseaux sociaux et la simultanéité.

 

Dans ce monde de ruptures, le facteur humain devient prioritaire : rétablir des transactions, des compromis, des négociations, construire un certain nombre de consensus sur pas mal de sujets, … tout ceci passe par l’humain et par le mixage culturel.

Son moteur tient autant au désir « d’imiter l’autre », qu’à celui de la « part d’affirmation de chacun » : l’individualisation de l’individu est une des clés de ce monde en disruption que nous voulons monde divers, c’est-à-dire fait de (bio)diversités. L’interpénétration est désormais culturelle. L’exotisme a vécu. Les influences partent de partout.

Ce brassage culturel qui tient au rapprochement des humains ouvre de nouvelles perspectives. Comme si beaucoup restait à (re)créer.

 

(*) 18ème Sommet du Luxe, 4/03/20.

 

 

 

Extrait de L’ACTU, la lettre hebdo de Culture Viande n°11 du 16/03/2020

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