Dans son dernier ouvrage Trois utopies contemporaines (Ed. Fayard Oct 2017), Françis Wolff, Professeur émérite de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure (Paris), nous éclaire sur un point sur lequel il va bien falloir s’accorder : le véganisme ne serait d’ores-et-déjà plus circonscrit à un simple phénomène de mode. Au-delà, il donne les pistes pour sauver la viande … et les animaux !

Nous avons perdu les deux repères qui permettaient autrefois de nous définir entre les dieux et les bêtes. Nous ne savons plus qui nous sommes, nous autres humains. De nouvelles utopies en naissent. D’un côté, le post-humanisme prétend nier notre animalité et faire de nous des dieux promis à l’immortalité par les vertus de la technique. D’un autre côté, l’animalisme veut faire de nous des animaux comme les autres et inviter les autres animaux à faire partie de notre communauté morale. Alors forgeons une nouvelle utopie à notre mesure. Ne cherchons plus à nier les frontières naturelles — celles qui nous séparent des dieux ou des animaux — et défendons un humanisme conséquent, c’est-à-dire un cosmopolitisme sans frontières.

« S’il faut bien que jeunesse se passe », il est une constance à travers les époques : la jeunesse reste en quête d’idéaux. Et à notre époque, le véganisme incarne pour cette jeunesse la pureté absolue (l’homme cesse d’exploiter des êtres sensibles), répond au désarroi politique et aspire à plus de

générosité et d’empathie (en l’occurrence vis-à-vis des animaux, ainsi que de la nature en général). Ce sont la prédation, l’exploitation et l’utilisation animale qui prennent la forme du mal. Dans l’inconscient collectif, l’homme atteignant le statut de super-prédateur (le prédateur des prédateurs), et aussi invraisemblable que cela puisse nous apparaître, chacun se rend bien compte qu’il devient chaque jour plus difficile d’expliquer que l’on peut manger de la viande. Tout se passe comme si une passerelle écologiste condui

sait la pensée contemporaine qui, de « l’homme, ennemi de la nature », débouchait sur « l’homme, ennemi des êtres vivants et sensibles ».

Alors, que faire ?

Pour Francis Wolff, la bonne méthode : « Les prendre au sérieux ». En anticipant mieux – les filières viandes toujours sous oeillères ont trop trainé des pieds avant de comprendre ce qui se passe.

Comment ? en participant au débat, en prolongeant la question : « Voulons-nous vraiment abandonner la viande, le poissons, les fromages et desserts, le cuir – au bénéfice d’habits synthétiques pétroliphages, la laine – au bénéfice du coton exploitant travailleurs et systèmes intensifs, les animaux de compagnie ? ». Si les abolitionnistes visent, pour arriver à leur fin la mise en place d’un ministère de la condition et du bien-être animal, les Services de l’Inspection du Contrôle animal viendraient-ils alors exercer une répression de la chasse aux « exploitations animales » pour y mettre une fin définitive ?

Répétons-le ici et partout : l’abolitionnisme, c’est l’envers de la protection animale.

Enfin, il faudra bien que les filières animales adoptent une posture sur la question. Celle qui puisse confirmer que les techniques d’avant, notamment les excès de l’élevage industriel – vue la sensibilité des opinions aujourd’hui, ne peuvent plus avoir cours. Elles devront également apporter la preuve qu’elles s’emploient à faire évoluer le système et se faire reconnaître au rang de filière responsable.

 

(*) Francis Wolff intervenait ce 19 décembre dernier dans le cadre d’Homme, Animaux & Société, un forum qui fonctionne comme un club où adhèrent des organisations ou entreprises concernées par les débats animalistes.

 

Extrait de l’ACTU, la Lettre hebdomadaire de Culture Viande n°51 du 21 décembre 2017

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